Commencé en 2011, le conflit en Syrie se poursuit dans le nord-ouest du pays où les forces loyalistes tentent de reprendre le contrôle de la province d’Idleb avec le soutien de l’aviation russe. Déclenché par des manifestations de la population dans le sillage du « printemps arabe », le conflit syrien a provoqué le départ du pays de 6,6 millions de personnes, a détruit de nombreuses villes et a coûté la vie à plus de 380 000 personnes, selon un bilan présenté en janvier 2020 par l’ONG Observatoire syrien des droits de l’Homme.
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brief.me|PANORAMA
Syrie
Un conflit multiforme
Mise à jour le 24 juillet 2020
Commencé en 2011, le conflit en Syrie se poursuit dans le nord-ouest du pays où les forces loyalistes tentent de reprendre le contrôle de la province d’Idleb avec le soutien de l’aviation russe. Déclenché par des manifestations de la population dans le sillage du « printemps arabe », le conflit syrien a provoqué le départ du pays de 6,6 millions de personnes, a détruit de nombreuses villes et a coûté la vie à plus de 380 000 personnes, selon un bilan présenté en janvier 2020 par l’ONG Observatoire syrien des droits de l’Homme.
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POURQUOI ÇA COMPTE ?
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Un exode massif

Le Haut-Commissariat de l’ONU dénombrait 6,6 millions de réfugiés syriens (partis à l’étranger) et 6,7 millions de déplacés (à l’intérieur du pays) fin juin 2020. Ces populations ont fui les bombardements, les blocus ou encore les exactions du groupe djihadiste État islamique. Une majorité de réfugiés se trouvent au Liban, en Jordanie et en Turquie. En octobre 2015, l’ONU estimait que 13,5 millions d’habitants du pays avaient besoin d’aide. Cette même année, environ 1 million de personnes, dont un grand nombre de Syriens, sont arrivées en Europe par la mer Méditerranée et 3 771 migrants sont morts en mer, selon l’Organisation internationale pour les migrations, une agence de l’ONU. En 2010, avant le conflit, la Syrie comptait 21,4 millions d’habitants, selon la Banque mondiale.

Les zones de conflit

Dernière région contrôlée par les forces antigouvernementales, la province d’Idleb, dans le nord-ouest du pays, est soumise aux bombardements de l’armée syrienne, soutenue par la Russie, depuis avril 2019. Une nouvelle offensive a provoqué en décembre 2019 le déplacement de dizaines de milliers de civils. Après les rebelles opposés au régime de Bachar el-Assad, sont entrés en guerre des groupes djihadistes, tels que le groupe État islamique (EI), ayant comme objectif l’instauration d’un régime religieux, et des forces kurdes souhaitant former un territoire autonome. À son apogée en 2014, le groupe État islamique contrôlait un territoire peuplé d’environ 10 millions de personnes et d’une taille équivalente à celle du Portugal. La reprise de ces territoires a accru l’influence des YPG – des unités combattantes kurdes – dans l’est de la Syrie. Après une offensive de la Turquie en octobre 2019 dans le nord du pays, celles-ci ont cependant cédé à la Turquie le contrôle d’une bande de territoire jouxtant la frontière.

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LES DATES À RETENIR
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18 mars 2011
Première manifestation d’ampleur contre le régime
Début 2011, des soulèvements ont lieu dans plusieurs pays du Maghreb et du Proche-Orient, conduisant au départ des présidents tunisien et égyptien. Fin février, une quinzaine d’étudiants de la ville de Deraa tracent sur le mur de leur école un slogan, « Ton tour arrive, docteur », allusion au chef de l’État, Bachar el-Assad, ophtalmologue de formation. Leur traitement – ils sont emprisonnés et torturés – est à l’origine du premier rassemblement d’ampleur le 18 mars à Deraa. Le mouvement, qui s’étend dans le pays, réclame le départ de Bachar el-Assad. La répression fait des centaines de morts. Un colonel dissident fonde l’Armée syrienne libre en juillet 2011, qui deviendra la principale force armée d’opposition.
 
 
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29 juin 2014
Proclamation du « califat » du groupe État islamique
Le groupe terroriste État islamique (EI) rentre en Syrie depuis l’Irak en avril 2013. Il impose sa domination à Rakka, la cinquième ville du pays. À l’été 2014, le groupe djihadiste proclame l’instauration d’un « califat ». Dans les territoires qu’il contrôle, l’EI impose la charia, la loi islamique issue du Coran, pratique des exécutions publiques et capte les revenus du pétrole. Les États-Unis lancent des frappes aériennes contre l’EI en Syrie à partir de septembre 2014 et constituent une coalition internationale contre le djihadisme. Depuis Rakka sont organisés plusieurs attentats en Europe, dont ceux du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis. La ville sera reprise en octobre 2017 par les Forces démocratiques syriennes, une alliance arabo-kurde soutenue par la coalition internationale.
 
 
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22 décembre 2016
L’armée syrienne reprend Alep
Les groupes rebelles et djihadistes qui détenaient depuis 2012 les quartiers est d’Alep, la deuxième ville du pays, capitulent en décembre 2016. Des dizaines de milliers d’insurgés et de civils assiégés ont été évacués les jours précédents. Au sol, l’armée syrienne est appuyée par le Hezbollah, un parti politique islamiste chiite libanais disposant d’une organisation militaire. Soutenu militairement par l’Iran, le régime syrien bénéficie également du soutien de l’aviation russe, décisif dans sa victoire à Alep. En septembre 2015, elle effectue ses premiers bombardements à proximité de Homs, dans l’ouest du pays, contre les combattants hostiles au régime. Officiellement, la Russie apporte son soutien contre le terrorisme, mais ses frappes aériennes visent l’ensemble des zones détenues par les forces antigouvernementales.
 
 
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9 octobre 2019
Offensive de la Turquie contre les Kurdes
La Turquie lance le 9 octobre 2019 une opération militaire dans le nord de la Syrie contre les combattants kurdes, qu’elle qualifie de terroristes. Trois jours plus tôt, le président des États-Unis, Donald Trump, avait annoncé le retrait des troupes américaines stationnées dans le nord de la Syrie où elles soutenaient les combattants kurdes dans leur lutte contre l’EI. Le 22 octobre, Recep Tayyip Erdogan, le président turc, et son homologue russe, Vladimir Poutine, signent un accord prévoyant le désarmement et le départ des combattants kurdes positionnés près de la frontière afin de créer une « zone de sécurité ».
 
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Assad est déterminé à renforcer sa mainmise sur la Syrie, peu importe à quel point il devra détruire son pays pour récupérer totalement le pouvoir.
Thanassis Cambanis
membre du centre de réflexion américain Century Foundation
avril 2018, dans The Atlantic
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CHIFFRES À L’APPUI
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380 000 morts
Plus de 380 000 personnes sont mortes depuis le début de la guerre en Syrie, selon un bilan présenté le 4 janvier 2020 par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, une organisation basée au Royaume-Uni proche de l’opposition et disposant d’un réseau d’informateurs sur le terrain. Parmi elles, sont recensés 115 000 civils, dont plus de 22 000 enfants et 13 600 femmes. Le bilan comprend également 128 100 soldats de l’armée syrienne ou membres de milices, 67 000 membres de groupes djihadistes (dont l’EI et Hayat Tahrir al-Cham), 69 100 combattants des forces rebelles et des forces kurdes.
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QUI SONT LES PRINCIPAUX
PROTAGONISTES ?
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Bachar el-Assad
Président de la Syrie depuis 2000
La Syrie est gouvernée par la famille Assad depuis que Hafez el-Assad a pris le pouvoir en 1970. Sa présidence a été marquée par le massacre de Hama en 1982 : des milliers de partisans du mouvement islamiste des Frères musulmans ont été assassinés après avoir organisé un soulèvement. Son fils Bachar lui succède en 2000. Son régime est autoritaire et structuré autour du parti unique Baas. La famille Assad est de confession alaouite, une branche dissidente du chiisme, tandis que la population du pays est à majorité sunnite.
Barack Obama
Président des États-Unis de 2009 à 2017
En août 2012, le président des États-Unis Barack Obama affirme que l’utilisation par le régime syrien d’armes chimiques contre son peuple constituerait une « ligne rouge ». En août 2013, une attaque au gaz sarin tue plusieurs centaines de personnes dans la banlieue de Damas. Le 31 août, le président américain, convaincu de la responsabilité du régime, annonce une prochaine action militaire. Le 11 septembre, il dit privilégier la voie diplomatique. Un accord négocié avec la Russie est annoncé trois jours plus tard, obligeant le régime syrien à détruire son arsenal chimique.
Abou Bakr al-Baghdadi
Dirigeant du groupe djihadiste État islamique de 2010 à 2019
Membre du groupe terroriste Al-Qaïda en Irak après l’invasion du pays par l’armée américaine en 2003, Abou Bakr al-Baghdadi prend la tête du groupe État islamique en 2010. Il fait sa première apparition publique en tant que « calife » en 2014 dans la ville irakienne de Mossoul et proclame son emprise sur un vaste territoire s’étalant sur une partie de l’Irak et de la Syrie. Abou Bakr al-Baghdadi meurt dans la nuit du 26 au 27 octobre 2019, lors d’un raid des forces américaines contre une maison où il réside au nord d’Idleb, en activant une ceinture d’explosifs.
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Tandis que nous pouvions infliger des dégâts à Assad, nous ne pouvions pas, par une frappe de missiles, éliminer les armes chimiques elles-mêmes, et ce à quoi j’aurais alors été confronté, c’était la perspective d’Assad ayant survécu à la frappe et prétendant avoir réussi à défier les États-Unis, que les États-Unis avaient agi illégalement en l’absence de mandat de l’ONU, ce qui aurait potentiellement renforcé sa position au lieu de l’affaiblir.
Barack Obama
président des États-Unis
avril 2016, dans une interview à The Atlantic
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QU’EST-CE QUE ÇA VEUT DIRE ?
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Djihadistes

Le djihadisme est une idéologie prônant la violence dans le but d’instaurer un État reposant sur la charia (loi islamique). Ce courant est éclaté entre une multitude de groupes souvent rivaux. Plusieurs d’entre eux ont profité de l’affaiblissement des structures étatiques pour s’imposer dans certaines régions de Syrie. Le groupe État islamique a ainsi pris le pouvoir dans une large bande de territoire avant d’en être chassé par des forces arabo-kurdes appuyées par une coalition internationale. Le groupe Hayat Tahrir al-Cham, ex-Front al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, s’est imposé dans la province d’Idleb, dans le nord-ouest du pays, au détriment d’une coalition de groupes rebelles soutenue par la Turquie. Il est classé comme groupe terroriste par l’ONU, l’UE et les États-Unis.

Armée syrienne libre

Créée en juillet 2011 par un colonel dissident de l’armée syrienne, l’Armée syrienne libre (ASL) rassemble des groupes locaux opposés au régime de Bachar el-Assad, mais non djihadistes. Après avoir pris le contrôle de plusieurs villes, ces forces sont concurrencées par des groupes djihadistes. Ces deux branches de l’opposition au régime syrien rivalisent pour obtenir le soutien financier et militaire de la Turquie et de plusieurs pays du Golfe opposés au régime syrien. À partir de septembre 2015, l’ASL est assiégée dans ses bastions par l’armée syrienne, appuyée par l’aviation russe, et les perd progressivement. À partir de 2016, certains groupes de l’ASL font allégeance à la Turquie et sont incorporés dans une force chargée de lutter contre le groupe État islamique et les YPG kurdes.
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POUR ALLER PLUS LOIN
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Le déclin du groupe État islamique

Entre juin 2014 et décembre 2017, le groupe État islamique perd la quasi-totalité du territoire qu’il contrôlait en Syrie et en Irak. La rubrique Les Décodeurs du Monde retrace le déclin du groupe djihadiste au moyen de cartes et de graphiques, permettant d’en passer les temps forts en revue.

Le quotidien des civils

Le site de l’ONG de défense des droits humains Amnesty International publie une sélection de photos de reporters travaillant pour l’AFP prises en 2016. Ils montrent les conséquences de la guerre sur les populations civiles, les morts dans les bombardements, la poussière, les conditions matérielles, les regards qui se perdent, les enfances brisées.
C’était notre panorama sur le conflit syrien.
Rédaction
Laurent Mauriac
Infographie
WeDoData
Design
Upian
Crédits photos
Couverture : SOPA Images / Getty Images. Protagonistes : Bachar el-Assad, Kremlin ; Barack Obama, Pete Souza / Maison-Blanche ; Abou Bakr al-Baghdadi, Al-Furqan.
Mise à jour le 24 juillet 2020
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