Depuis le déclenchement de la guerre civile syrienne en 2011, l’Europe a connu une augmentation des arrivées de migrants sur son territoire. Ce phénomène est également alimenté par l’expansion du groupe État islamique (EI) en Irak, les conflits en Libye, en Afghanistan, en Somalie et au Soudan du Sud ou encore la crise humanitaire en Érythrée. La gestion de ces flux de population divise les pays de l’UE, qui peinent à s’accorder sur une solution commune. Deux routes sont principalement empruntées par les migrants pour rejoindre l’Europe : le sud de la Méditerranée, depuis la Libye, pour rejoindre l’Italie et l’Espagne, et la mer Égée, depuis la Turquie, pour atteindre la Grèce.
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Migrants
Un défi pour l’Europe
Mise à jour le 14 août 2020
Depuis le déclenchement de la guerre civile syrienne en 2011, l’Europe a connu une augmentation des arrivées de migrants sur son territoire. Ce phénomène est également alimenté par l’expansion du groupe État islamique (EI) en Irak, les conflits en Libye, en Afghanistan, en Somalie et au Soudan du Sud ou encore la crise humanitaire en Érythrée. La gestion de ces flux de population divise les pays de l’UE, qui peinent à s’accorder sur une solution commune. Deux routes sont principalement empruntées par les migrants pour rejoindre l’Europe : le sud de la Méditerranée, depuis la Libye, pour rejoindre l’Italie et l’Espagne, et la mer Égée, depuis la Turquie, pour atteindre la Grèce.
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POURQUOI ÇA COMPTE ?
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La dangereuse traversée de la Méditerranée

Bien que le nombre de décès ait diminué de moitié l’an dernier, la Méditerranée reste la route migratoire la plus mortelle du monde avec 1 371 morts en 2019, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), un organisme des Nations unies. Un pic de décès a été atteint en 2015, avec 3 770 morts enregistrées sur plus d’un million d’arrivées en Europe via la Méditerranée. Si le nombre de morts en mer a atteint cette année-là un niveau record, il a été proportionnellement plus faible qu’à l’accoutumée, la route de plusieurs centaines de kilomètres reliant la Libye à l’Italie ayant été supplantée par celle d’une dizaine de kilomètres entre la Turquie et les îles grecques du Dodécanèse. D’après le projet de l’OIM sur les migrants disparus, plus de 20 000 migrants sont morts dans la mer Méditerranée depuis 2014.

L’influence du conflit syrien
Les arrivées par la mer en Grèce ont été multipliées par 25 entre 2014 et 2015, selon l’OIM. Cette année-là, plus de la moitié concernaient des Syriens qui fuyaient la guerre dans leur pays, au plus fort de la progression de l’EI. Face à cet afflux de migrants, les pays des Balkans ont fermé progressivement leurs frontières entre fin 2015 et début 2016 et l’Union européenne a signé un accord sur l’immigration avec la Turquie en mars 2016. Le nombre d’arrivées par la mer a baissé dès 2016. En 2019, le nombre de personnes entrées clandestinement en Europe par la mer Méditerranée a baissé d’environ 10 % par rapport à 2018. Avec 110 699 traversées, il a atteint son niveau le plus bas depuis 2013. Les arrivées sur les côtes grecques sont cependant reparties à la hausse, en même temps que l’Italie durcissait sa politique d’accueil.
Une hausse des demandes d’asile en France

Un migrant peut déposer une demande d’asile et obtenir le statut de réfugié lui permettant de rester légalement dans l’Union européenne. Selon la Convention de Genève de 1951, signée par la France, un réfugié est une personne qui craint « avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques » en cas de retour dans son pays. Le nombre de premières demandes d’asile en France était de 101 841 en 2019, en progression constante depuis 2014. Environ un tiers des demandes d’asile ont été accordées en 2018 en France, les demandeurs provenant en majorité d’Afghanistan, d’Albanie et de Géorgie. Le nombre de demandes d’asile dans l’UE a de nouveau augmenté en 2019 après trois années consécutives de baisse qui lui avaient fait retrouver un niveau sensiblement équivalent à celui de 2014, selon l’institut européen de statistiques, Eurostat.

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Il y a rarement eu une année où nous avons été autant mis au défi de mettre nos paroles en accord avec nos actes.
Angela Merkel
chancelière de l’Allemagne
décembre 2015
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LES DATES À RETENIR
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Janvier 2015
Un centre pour migrants à Calais
Pour faire face au nombre croissant de migrants qui s’installent à Calais dans l’espoir de rejoindre le Royaume-Uni, un centre d’accueil est inauguré dans la ville en janvier 2015. Géré par des associations, avec l’aval de l’État, il prend en charge la distribution de repas et donne accès à des sanitaires, des points d’eau et des structures médicales. Des bidonvilles accueillant plusieurs milliers de migrants, surnommés « la jungle de Calais », se développent progressivement aux alentours. Alors que les affrontements entre migrants se multiplient et que les problèmes sanitaires s’aggravent, l’État ferme le centre d’accueil en octobre 2016, démantèle la « jungle » et reloge les migrants expulsés dans des centres répartis à travers la France.
 
 
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Juin 2015
La route des Balkans se ferme
Pays de passage sur la route des Balkans, que les migrants empruntent pour remonter de la Grèce vers l’Allemagne, la Hongrie annonce le 17 juin 2015 la fermeture de sa frontière de 175 kilomètres de long avec la Serbie, qui ne fait pas partie de l’UE. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, lance la construction d’un mur, étendu dès octobre jusqu’à la frontière avec la Croatie, pour empêcher les entrées clandestines sur le territoire hongrois. L’Allemagne, après avoir ouvert ses portes à plusieurs centaines de milliers de demandeurs d’asile, rétablit des contrôles à ses frontières en septembre. En 2016, la Grèce, la Slovénie, la Croatie, la Macédoine et la Serbie ferment à leur tour leurs frontières.
 
 
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Mars 2016
Accord UE-Turquie

L’Union européenne passe un accord avec la Turquie en mars 2016 pour réduire les flux migratoires, lui permettant de renvoyer les migrants en situation irrégulière interceptés dans les eaux turques et ceux arrivés en Grèce qui ne demandent pas l’asile ou dont la demande est jugée infondée. La Turquie s’engage également à renforcer le contrôle des routes migratoires partant de son territoire, en échange de plusieurs milliards d’euros de compensations financières. En juillet 2019, la Turquie décide de suspendre les réadmissions, reprochant à l’UE de ne pas avoir rempli ses engagements sur l’exemption de visas pour ses ressortissants. Plus de 3,5 millions de réfugiés syriens sont actuellement installés en Turquie, selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), une agence de l’ONU.

 
 
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2018
Des migrants bloqués en pleine mer

L’Italie, puis Malte, refusent de laisser accoster le navire Aquarius, qui a sauvé 629 migrants de la noyade dans la nuit du 9 au 10 juin 2018. Le bateau trouve finalement refuge en Espagne. Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, dirigeant du parti anti-immigration La Ligue, interdit dans les mois qui suivent le débarquement d’autres navires d’ONG et de vedettes des gardes-côtes de la marine italienne ayant secouru des migrants. Il accuse l’Europe de ne faire aucun « geste concret pour les accueillir », laissant l’Italie seule responsable du fait de sa position géographique. En août 2019, le Parlement italien adopte un texte qui permet d’infliger des amendes pouvant atteindre 1 million d’euros en cas de « violation de l’interdiction d’entrée, de transit ou d’arrêt dans les eaux territoriales italiennes ».

 
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JE M’ABONNE
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L’Europe ne vit pas une crise migratoire mais des crises politiques.
Matthieu Tardis
chercheur à l’Ifri, un centre de réflexion
juin 2018
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QU’EST-CE QUE ÇA VEUT DIRE ?
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Dubliné

Le règlement de Dublin III, entré en vigueur en 2014, prévoit qu’une demande d’asile soit traitée par le premier pays où un migrant a été enregistré. Par exemple, un migrant entré dans l’UE par la Grèce puis continuant jusqu’en France pour y déposer une demande d’asile pourra être renvoyé en Grèce s’il y a été contrôlé. C’est ce qu’on appelle un « dubliné ». Les principaux pays d’entrée dans l’UE, l’Italie et la Grèce, réclament une réforme de ce règlement qu’ils estiment inégalitaire, leur faisant porter une trop grande responsabilité, mais d’autres pays, notamment d’Europe centrale comme la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, s’y opposent, refusant d’accueillir plus de migrants. L’UE n’est pour l’instant pas parvenue à trouver un accord sur le sujet, se limitant à des compromis ponctuels de répartition de migrants.

Espace Schengen

L’espace Schengen est une zone regroupant 26 États, dont 22 membres de l’UE, au sein de laquelle la circulation des personnes est libre. Tout individu entré sur le territoire de l’un des pays membres peut franchir les frontières des autres pays sans subir de contrôle. Entré en vigueur en 1995, il oblige ses membres à mettre en œuvre une politique migratoire commune : harmonisation des pays pour lesquels un visa est exigé, création d’un système informatisé de contrôle des entrées, partage des données concernant les immigrés en situation irrégulière. Les États membres de l’espace Schengen peuvent rétablir temporairement des contrôles à leurs frontières nationales en cas de menaces pour l’ordre public ou la sécurité.
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CHIFFRES À L’APPUI
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5 % de non-Européens en Europe

Début 2019, le nombre de personnes résidant dans un pays de l’Union européenne à 27 sans disposer de la nationalité d’un des pays de l’UE s’élevait à 21,8 millions, soit 5 % de la population, selon l’agence de statistiques européenne Eurostat. S’y ajoutent 13,3 millions de citoyens de l’UE vivant dans un autre État membre que le leur. L’Allemagne est le pays qui accueille le plus de migrants (10,1 millions), devant l’Italie (5,3 millions), la France (4,9 millions) et l’Espagne (4,8 millions).

30 millions de réfugiés dans le monde

L’ONU dénombrait plus de 30 millions de réfugiés et demandeurs d’asile dans le monde fin 2019, sur les 272 millions de migrants que compte la planète. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estimait fin 2019 que 73 % des réfugiés vivaient dans un pays voisin du leur.

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POUR ALLER PLUS LOIN
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Les raisons du départ

Sécurité, pauvreté, climat… L’émission « Le Dessous des cartes » s’intéresse aux différentes raisons qui motivent les migrants à initier leur périple. Cet épisode date de 2009, mais reste d’actualité.

Un si long périple

Comment passe-t-on d’Alep, en Syrie, à un canot surchargé au milieu de la Méditerranée, après avoir tenté sa chance au Liban ou en Turquie ? Karim Albrem, un réfugié désormais installé en Allemagne raconte en détail son long périple, une « expérience terrifiante » qui « aurait été bien pire » sans le soutien humain rencontré le long du chemin.

C’était notre panorama sur la crise migratoire.
Rédaction
Quentin Blanc
Infographie
WeDoData
Design
Upian
Crédits photos
Couverture : The Washington Post / Getty Images.
Mise à jour le 14 août 2020
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