« Nous sommes sur la voie rapide de la catastrophe climatique », a déclaré en avril 2022 le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Les scientifiques ont observé un lien entre les activités humaines et le réchauffement de la planète dès les années 1970. La prise de conscience progressive des conséquences de cette transformation du climat a conduit les représentants de 194 États et de l’Union européenne à fixer le 12 décembre 2015, via l’accord de Paris, des objectifs pour y faire face, comme la limitation du réchauffement à 2 °C par rapport à la période préindustrielle.

.
brief.me|PANORAMA
Climat
Faire face au réchauffement
Mise à jour le 21 juillet 2022

« Nous sommes sur la voie rapide de la catastrophe climatique », a déclaré en avril 2022 le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Les scientifiques ont observé un lien entre les activités humaines et le réchauffement de la planète dès les années 1970. La prise de conscience progressive des conséquences de cette transformation du climat a conduit les représentants de 194 États et de l’Union européenne à fixer le 12 décembre 2015, via l’accord de Paris, des objectifs pour y faire face, comme la limitation du réchauffement à 2 °C par rapport à la période préindustrielle.

.
POURQUOI ÇA COMPTE ?
.
Un réchauffement en cours

Les sept dernières années (de 2015 à 2021) ont été les plus chaudes qu’ait jamais connues la Terre depuis le début des relevés de température, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), une agence de l’ONU. En 2021, la température y a en moyenne été supérieure de 1,1 °C par rapport au niveau moyen de l’ère préindustrielle (1850-1900). « Tant que nous continuerons à émettre des gaz à effet de serre, les températures continueront à augmenter. Parallèlement, nos océans continueront à se réchauffer et à s’acidifier, la glace de mer et les glaciers continueront à fondre, le niveau de la mer continuera à s’élever et les conditions météorologiques extrêmes continueront à s’intensifier », a déclaré en mai 2022 le secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas.

Des émissions de gaz à effet de serre en hausse

Comme l’a mis en lumière en 1990 le premier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), mis en place par l’ONU, les émissions de gaz à effet de serre provoquées par l’activité humaine accélèrent le réchauffement de la température de la planète en retenant la chaleur émise par le sol terrestre lui-même chauffé par les rayons du Soleil. En 2019, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont atteint 58,1 milliards de tonnes en équivalent CO2, une unité de mesure qui permet de comparer les différents gaz à effet de serre, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement. Ce chiffre a augmenté de 1,3% en moyenne chaque année entre 2010 et 2019. Le dioxyde de carbone (CO2) est le gaz à effet de serre le plus émis par les activités humaines. Il est responsable d’environ deux tiers du réchauffement du climat selon un bulletin de l’OMM publié en octobre 2021.

Les effets du réchauffement

Dans la deuxième partie de son sixième rapport publiée en février 2022, le Giec énumère plusieurs des conséquences attendues, certaines déjà visibles, du réchauffement terrestre sur la population et la biodiversité. "La multiplication des vagues de chaleur, des sécheresses et des inondations excède déjà les seuils de tolérance des végétaux et des animaux, provoquant la mortalité massive d’arbres, de coraux et d’autres espèces", note le Giec. Les phénomènes météorologiques extrêmes "exposent des millions de personnes à une insécurité alimentaire et hydrique aiguë", poursuit l'organisme. Dans un rapport publié en octobre 2018, le Giec rapporte que 8 % des vertébrés, 18 % des insectes et 16 % des plantes (parmi 100 000 espèces étudiées) perdraient plus de la moitié de leur habitat naturel en cas de réchauffement climatique de 2 °C.

“
Pour les nations insulaires de faible altitude comme mon pays, le changement climatique est une question de survie, avec la possibilité tout à fait réelle que notre nation disparaisse sous l’océan d’ici un siècle.
Anote Tong
président des Kiribati, un archipel de l’océan Pacifique
novembre 2015
.
LES DATES À RETENIR
.
•
Juillet 1979
Le rapport Charney
En 1979, le rapport Charney, commandé par la présidence des États-Unis à l’Académie nationale des sciences américaine, affirme : « Nous avons la preuve irréfutable que l’atmosphère change et que nous contribuons à ce changement. » Partant de l’hypothèse d’un doublement des émissions de CO2 dans la première moitié du XXIe siècle, les chercheurs estiment qu’il produira une élévation de la température terrestre d’environ 3 °C, avec une marge d’erreur de plus ou moins 1,5 °C. Le rapport Charney fera référence au sujet de l’impact humain sur le réchauffement climatique jusqu’aux travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat à partir des années 1990.
 
 
•
Décembre 1997
Le protocole de Kyoto
Lors de la COP3, la troisième Conférence des parties sur le climat, réunissant les États membres de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en décembre 1997 au Japon, 37 pays industrialisés, dont la France, et l’Union européenne adoptent le protocole de Kyoto, un traité contraignant par lequel ils s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2 % en moyenne entre 2008 et 2012 par rapport à 1990. Il entre en vigueur en février 2005, une fois ratifié par 55 pays représentant au moins 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre de 1990. Ces pays tiennent leurs engagements, mais l’absence de grands émetteurs de gaz à effet de serre comme les États-Unis (qui ont signé le texte, mais ne l’ont pas ratifié), la Chine et l’Inde – qui se sont fortement développées depuis 1990 – en atténue l’impact.
 
 
•
Décembre 2015
L’accord de Paris
194 pays et l’Union européenne approuvent en décembre 2015, lors de la COP21, l’accord de Paris. Le texte fixe comme objectif de contenir « l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels » et de poursuivre « l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». L’accord entre en vigueur en novembre 2016. En août 2017, le président des États-Unis, le deuxième pays émetteur de gaz à effet derrière la Chine, a notifié à l’ONU son intention de se retirer de l’accord. En novembre 2018, un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement note que même si États signataires de l’accord accomplissent les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre qu’ils ont promis individuellement, « il en résultera probablement une augmentation de la température mondiale d’environ 3 °C d’ici la fin du siècle ».
 
 
•
Août 2021
Rapport du Giec

Le Giec publie en août 2021 la première partie – sur trois – de son sixième rapport sur le changement climatique. Ce document, approuvé par les gouvernements de 195 pays, dresse un état des lieux alarmant du climat. Le Giec estime désormais que le seuil d’un réchauffement de la planète de 1,5 °C par rapport aux températures de la seconde moitié du XIXe siècle sera franchi « au début des années 2030 », soit « 10 ans plus tôt » que l’estimation de 2019. Les experts du Giec affirment que certains changements sont « irréversibles pour des siècles, voire des millénaires », comme la montée des océans due à la fonte des glaces. Trois mois plus tard, à l'occasion de la COP26 de Glasgow, en Écosse, près de 200 pays acceptent le pacte de Glasgow, qui contient une mention inédite des énergies fossiles : il appelle les pays à « intensifier les efforts vers la réduction progressive de l’énergie produite à partir du charbon sans systèmes de capture » de CO2 et à « l’élimination des subventions inefficaces aux énergies fossiles ». 

 
.
CHIFFRES À L’APPUI
.
58,4 %

La Chine, les États-Unis, les pays européens membres de l’OCDE, une organisation qui regroupe 38 pays parmi les plus industrialisés du monde, et l’Inde totalisaient 58,4 % des émissions mondiales de CO2 en 2019, selon des données fournies par le consortium scientifique Global Carbon Project. À elle seule, la Chine représentait 27,9 % de ces émissions, les États-Unis 14,5 % et les pays européens de l’OCDE 8,8 %. Les émissions de CO2 par habitant des États-Unis représentent néanmoins plus du double de celles de la Chine. Qui plus est, la Chine et l’Inde produisent plus de CO2 qu’elles n’en consomment : ces chiffres ne prennent pas en compte les « émissions importées » en Europe ou aux États-Unis, c’est-à-dire causées par la production de produits dans d’autres pays tels que la Chine.

41,8 %

Le secteur de la production d’électricité et de chaleur a représenté 41,8 % des émissions mondiales de CO2 liées à la combustion de carburant en 2019, selon l’Agence internationale de l’énergie, une organisation regroupant 30 pays parmi les plus industrialisés du monde. Le secteur des transports est le deuxième émetteur avec 24,4 %, devant celui de l’industrie avec 18,6 %.

“
Si nous voulons que la température se stabilise à 1,5 °C, il faudrait que les émissions mondiales de CO2 soient divisées par deux d’ici à 2030 et atteignent le « zéro émission » en 2050.
Valérie Masson-Delmotte
paléoclimatologue
juillet 2019
.
QU’EST-CE QUE ÇA VEUT DIRE ?
.

Gaz à effet de serre

Présents naturellement dans l’atmosphère, les gaz à effet de serre filtrent une partie des rayons du Soleil. Ils absorbent également une partie du rayonnement infrarouge produit par la surface terrestre et le renvoient vers le sol terrestre. Cet effet de serre naturel (par analogie avec la serre des jardiniers qui se chauffe aux rayons du Soleil et retient la chaleur) permet de rendre la température vivable sur Terre. Le phénomène s’est cependant accru depuis le début de l’ère industrielle en raison de l’augmentation de l’émission de plusieurs gaz à effet de serre, comme le dioxyde de carbone (CO2), résultant en particulier de la combustion de charbon, de pétrole et de gaz. D’autres gaz à effet de serre contribuent au réchauffement de la température, comme le méthane – émis par des bactéries présentes dans les estomacs de ruminants comme les vaches, mais aussi dans les rizières – et le protoxyde d’azote, qui compose certains engrais industriels.

Neutralité carbone

La neutralité carbone désigne l’équilibre entre les émissions et les séquestrations de gaz à effet de serre, explique l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), un établissement public. Deux moyens permettent d’atteindre cet équilibre : la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la séquestration du CO2 dans des puits qui absorbent plus de carbone qu’ils n’en émettent. Ces puits peuvent être biologiques, comme des forêts, ou technologiques, en captant le CO2 dans l’air puis en le stockant dans le sol. Une usine capable de retirer de l’atmosphère 4 000 tonnes de CO2 par an – sur les plus de 2 millions de tonnes émises par l’Islande en 2018 selon les données de la Banque mondiale – a par exemple ouvert en septembre 2021 dans ce pays.

Taxe carbone

La taxe carbone est prélevée sur les énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz). Elle vise à refléter dans le prix d’un produit les dommages environnementaux qu’il cause, représentant un coût pour la société, et à en dissuader ainsi l’utilisation. Décidée dans son principe lors des accords dits du Grenelle Environnement en 2007, elle est appliquée en France depuis avril 2014. Appelée « contribution climat-énergie », elle est assise sur la quantité de dioxyde de carbone émis. Elle est incluse dans des taxes déjà existantes, comme la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Cette taxe est comprise dans le prix du carburant à la pompe.

.
POUR ALLER PLUS LOIN
.

Comment la Terre se réchauffe

Dans une vidéo de quatre minutes, Le Monde explique comment les gaz à effet de serre contribuent au réchauffement de la planète.

Quelles conséquences ?

La série d’animation pédagogique « Décod’actu » explique dans une vidéo de trois minutes les conséquences du réchauffement climatique, comme l’élévation du niveau des océans et la perte de biodiversité.

Le climat à long terme

La Terre a connu plusieurs périodes de réchauffement et de refroidissement. L’émission de France 3 « C’est pas sorcier » explique ce phénomène et détaille la façon dont les scientifiques étudient les évolutions passées du climat.

😊
C’était notre panorama sur le réchauffement climatique.
Rédaction
Nicolas Filio, Laurent Mauriac et Sophie Cazaux
Infographie
WeDoData
Design
Upian
Crédits photo
Couverture : David Merron, Getty Images News.
Mise à jour le 21 juillet 2022
VOUS APPRÉCIEZ CE PANORAMA ?
Inscrivez-vous à Brief.me, notre service quotidien qui explique et met en perspective l’actualité.
JE M’INSCRIS