Les partis d’extrême droite se sont implantés durablement dans la vie politique de nombreux pays européens. Lors des élections législatives de juin 2022 en France, le Rassemblement national a obtenu 89 sièges à l'Assemblée nationale, 11 fois plus que lors du précédent scrutin. En Espagne, où la droite nationaliste avait été marginalisée depuis Franco, le parti Vox a fait son entrée au Parlement en 2019. En Allemagne, le parti AfD est représenté depuis 2017 au Bundestag, la chambre basse du Parlement. Ces partis, qui partagent un corpus idéologique mêlant hostilité à l’immigration et souverainisme, sont le plus souvent hostiles à l’Union européenne, mais divergent sur leur rapport à la Russie.

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brief.me|PANORAMA
Extrême droite en Europe
Une poussée continue
Mise à jour le 28 septembre 2022

Les partis d’extrême droite se sont implantés durablement dans la vie politique de nombreux pays européens. Lors des élections législatives de juin 2022 en France, le Rassemblement national a obtenu 89 sièges à l'Assemblée nationale, 11 fois plus que lors du précédent scrutin. En Espagne, où la droite nationaliste avait été marginalisée depuis Franco, le parti Vox a fait son entrée au Parlement en 2019. En Allemagne, le parti AfD est représenté depuis 2017 au Bundestag, la chambre basse du Parlement. Ces partis, qui partagent un corpus idéologique mêlant hostilité à l’immigration et souverainisme, sont le plus souvent hostiles à l’Union européenne, mais divergent sur leur rapport à la Russie.

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POURQUOI ÇA COMPTE ?
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Le poids de l’extrême droite dans les parlements

Les partis d’extrême droite sont représentés dans la plupart des parlements des pays européens, ainsi qu’au Parlement européen. En septembre 2017, le parti allemand AfD a fait son entrée au Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand. En France, le Rassemblement national a obtenu 89 sièges sur 577 lors des législatives de juin 2022, en très forte hausse par rapport aux huit sièges obtenus lors des élections de 2017. À la suite des élections européennes de juin 2019, les partis de droite nationaliste et d’extrême droite se sont répartis dans deux groupes parlementaires totalisant 137 des 705 sièges du Parlement européen.

Les gains électoraux du FN

Fondateur du Front national en 1972, Jean-Marie Le Pen parvient en 2002 à se hisser au deuxième tour de l’élection présidentielle. Lui succédant en 2011 à la tête du parti, Marine Le Pen, sa fille, cherche à débarrasser le parti de son héritage antisémite et raciste. Elle en infléchit la ligne sur des sujets tels que l’avortement et la laïcité et désavoue son père en 2015 à la suite de plusieurs propos polémiques sur la Shoah. Le parti, qui améliore sensiblement son score aux élections européennes de 2014, devient le Rassemblement national en mai 2018. Marine Le Pen obtient 21,3 % des suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 – elle en avait obtenu 17,9 % en 2012 – et s’incline face à Emmanuel Macron au deuxième tour par 33,9 % contre 66,1 %. Le 10 avril 2022, elle se qualifie de nouveau pour le second tour de l’élection présidentielle en arrivant deuxième (23,4 %) derrière Emmanuel Macron (27,6 %). Aux élections législatives de juin 2022, le parti remporte le plus grand nombre de sièges de son histoire.

La doctrine des partis d’extrême droite européens

Dans une interview au site d’information Touteleurope.eu en 2012, le politologue Jean-Yves Camus met en évidence deux « marqueurs idéologiques communs » aux mouvements européens : tout d’abord un « ethnodifférentialisme », soit l’idée que chaque culture a « un droit propre à s’épanouir » sur « un territoire donné » et « sans se mélanger aux autres ». Le deuxième marqueur est l’opposition aux élites. Dans une interview au Monde en 2019, l’historien Nicolas Lebourg, coauteur avec Jean-Yves Camus du livre « Les droites extrêmes en Europe » en 2015, insiste sur le refus de la globalisation assimilée à une « orientalisation de l’Occident », le rejet de l’immigration et l’exaltation de la fierté nationale. Les positions varient en revanche sur des sujets tels que l’appartenance à l’euro, le rôle de l’État dans l’économie ou les relations avec la Russie.

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La première dimension commune à tous les partis de cette famille, c’est le nationalisme, et au-delà l’ethnocentrisme. Ce dernier consiste à diviser l’univers en deux catégories : un « Nous » positivé et « Les autres ».
Jean-Yves Camus
politologue et spécialiste de l’extrême droite
janvier 2012
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LES DATES À RETENIR
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24 mars 2017
Vladimir Poutine reçoit Marine Le Pen à Moscou

À moins de quatre semaines du premier tour de l’élection présidentielle, le 24 mars 2017, Marine Le Pen, la présidente du Front national, est officiellement reçue par le président russe, Vladimir Poutine, au Kremlin. « Je sais que vous représentez un spectre politique en Europe qui croît rapidement », lui dit-il. La candidate à la présidentielle souhaite que la France reconnaisse l’annexion russe de la Crimée et une levée des sanctions européennes contre le pays. Les liens avec la Russie sont aussi financiers : en novembre 2014, Marine Le Pen a reconnu l’existence d’un prêt de 9 millions d’euros d’une banque russe à la suite d’une enquête de Mediapart. Vladimir Poutine a également rencontré Matteo Salvini, le dirigeant du parti italien La Ligue, dès 2014. Marine Le Pen et Matteo Salvini ont tous deux pris leurs distances avec la Russie après le lancement, fin février 2022, de l’invasion russe de l’Ukraine, qu’ils ont condamnée.

 
 
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4 mars 2018
Percée électorale de la Ligue
Lors des élections législatives du 4 mars 2018, le parti anti-immigration La Ligue recueille 17 % des voix et quadruple son résultat de 2013. Il est devancé par le Mouvement 5 étoiles (antisystème, 32 %) avec lequel il forme une coalition gouvernementale jusqu’en août 2019. La Ligue est un parti créé en 1991 sous le nom de « Ligue du Nord » pour revendiquer l’indépendance de la Padanie, le nord de l’Italie. Matteo Salvini en a pris la direction en décembre 2013 et en a fait une formation anti-immigration et anti-UE. Sous son impulsion, le Parlement italien adopte le 28 novembre 2018 une loi durcissant la politique d’immigration. À plusieurs reprises, Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur, refuse que des bateaux secourant des migrants en Méditerranée accostent dans des ports italiens.
 
 
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18 mai 2019
Meeting commun à Milan des partis européens

Le 18 mai 2019, Matteo Salvini, le dirigeant du parti italien anti-immigration La Ligue, et Marine Le Pen, tiennent un meeting commun avec les représentants de 10 autres partis souverainistes européens. « Nous vivons un moment historique », se félicite la responsable du Rassemblement national. Au soir de l’élection européenne, elle annonce la constitution d’un « supergroupe » souverainiste au Parlement européen, mais se heurte par la suite aux refus du parti conservateur polonais PiS, au pouvoir en Pologne, et du parti hongrois Fidesz, au pouvoir en Hongrie. Le PiS reproche alors à Marine Le Pen et Matteo Salvini leur proximité avec la Russie. Le groupe « Identité et démocratie » du Parlement européen comprenait 65 membres (soit 9,2 % des eurodéputés) en avril 2022, dont 24 de la Ligue et 19 du Rassemblement national.

 
 
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5 février 2020
Une majorité de droite en Allemagne avec l’AfD

En Allemagne, un représentant du parti FDP (libéral), Thomas Kemmerich, est élu le 5 février 2020 à la présidence du Parlement du Land de Thuringe, grâce à des votes de membres de son parti, de la CDU (centre droit) et du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Le lendemain, la chancelière, Angela Merkel, juge « impardonnable » cette élection, estimant qu’« aucune majorité ne devrait être remportée avec l’aide de l’AfD ». Thomas Kemmerich annonce finalement sa démission. Les avis divergent au sein de la CDU sur la ligne à adopter face à l’AfD, plusieurs responsables réclamant des « discussions ouvertes ». Entré au Parlement allemand en septembre 2017, le parti AfD est à l’origine fin août 2018, avec le mouvement anti-islam Pegida, de rassemblements antimigrants à Chemnitz, dans l’est de l’Allemagne. L’AfD a enregistré un léger recul aux élections législatives de 2021.

 
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Davantage que l’immigration, le basculement des classes populaires vers l’extrême droite s’explique fondamentalement par un sentiment d’abandon et par un dégoût vis-à-vis de la classe politique.
Gérard Mauger
sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS
septembre 2019
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QUI SONT LES PRINCIPAUX
PROTAGONISTES ?
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Santiago Abascal
Président de Vox

D’abord membre du Parti populaire (droite), Santiago Abascal le quitte pour cofonder début 2014 le parti nationaliste et anti-immigration Vox dans un pays où l’extrême droite est marginale depuis la fin de la dictature franquiste en 1975. Le parti émerge lors des élections régionales de décembre 2018 en Andalousie en faisant campagne contre l’indépendance de la Catalogne et contre l’immigration. Il fait son entrée au Parlement espagnol en avril 2019 et améliore son score au scrutin de novembre de la même année, passant de 24 à 52 sièges (15 % du total des sièges). En avril 2022, Vox est entré pour la première fois dans un gouvernement régional, une coalition avec le Parti populaire dans la région de Castille-et-Leon, la plus grande d’Espagne.

Heinz-Christian Strache
Ex-vice-chancelier de la République d’Autriche
Chef du parti d’extrême droite FPÖ, Heinz-Christian Strache est nommé fin 2017 vice-chancelier dans un gouvernement de coalition avec le principal parti de droite autrichien. Pendant la campagne des élections législatives de novembre 2017, où son parti se hisse à la troisième place, il a dénoncé le risque d’une « invasion de masse » et estimé que « l’islam n’a pas sa place en Autriche ». Il démissionne en mai 2019 à la suite de la publication par deux médias allemands d’une vidéo tournée en caméra cachée en juillet 2017 dans laquelle il propose des contrats publics en échange de soutiens financiers à une femme prétendant être la nièce d’un oligarque russe.
Steve Bannon
Ex-haut conseiller à la Maison-Blanche

Ancien directeur de campagne de Donald Trump pour la présidentielle américaine de 2016, puis haut conseiller à la Maison-Blanche, Steve Bannon s’investit pendant la campagne des élections européennes pour conseiller les partis souverainistes qu’il cherche à rassembler. En mars 2018, il intervient lors du congrès du Rassemblement national. Ancien banquier d’affaires, il a repris en 2012 la direction du site conservateur Breitbart News. Il se prononce régulièrement pour la préservation d’une identité occidentale chrétienne menacée selon lui par les flux migratoires, que ce soit aux États-Unis ou en Europe.

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QU’EST-CE QUE ÇA VEUT DIRE ?
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Sardines

En novembre 2019, quatre trentenaires italiens lancent sur Facebook un appel à se rassembler à Bologne pour rejeter les discours de haine du parti anti-immigration La Ligue et lancent un groupe Facebook baptisé « 6 000 sardines ». Ils souhaitent que les participants se rassemblent serrés comme dans une boîte, en s’interdisant les insultes et les invectives. L’objectif de 6 000 personnes est dépassé. Depuis, des rassemblements ont été organisés dans plusieurs villes, attirant de plus en plus de personnes. Le 26 janvier 2020, le Parti démocrate (centre gauche) remporte des élections locales en Émilie-Romagne, où la Ligue espérait triompher. Le secrétaire du Parti démocrate, adresse alors un « immense merci aux sardines » pour leur rôle. Le mouvement entend cependant se tenir à distance des partis politiques.
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POUR ALLER PLUS LOIN
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La banalisation de l’extrême droite autrichienne

L’extrême droite s’enracine dans les années 2000 en Autriche sous l’impulsion de Jörg Haider, jusqu’à sa mort accidentelle en 2008. En 2017, elle entre pour la deuxième fois au gouvernement « dans une relative indifférence, tant nationale qu’européenne », selon le journaliste Rémi Carlier qui explique les ressorts de cette banalisation dans un webdoc diffusé par France 24 en ligne depuis février 2018.

L’extrême droite française et la Russie

L’invasion de l’Ukraine par la Russie, lancée fin février 2022, a mis l’extrême droite française dans l’embarras. Ses représentants, comme Marine Le Pen, Éric Zemmour ou Nicolas Dupont-Aignan, ont régulièrement manifesté leur admiration pour Vladimir Poutine. Comment expliquer ce tropisme de l’extrême droite envers un pays qui fut si longtemps communiste ? Dans une enquête vidéo, L’Express explique les raisons de ce surprenant soutien.

C’était notre panorama sur la poussée de l’extrême droite en Europe.
Rédaction
Laurent Mauriac et Aude Villiers-Moriamé
Infographie
WeDoData
Design
Upian
Crédits photo
Couverture : Getty Images.
Mise à jour le 28 septembre 2022
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