La Corée du Nord a tiré début novembre plusieurs dizaines de missiles, dont certains sont tombés près des eaux territoriales de la Corée du Sud et du Japon. La Corée du Nord, de son nom complet « République populaire démocratique de Corée », est un régime autoritaire d’inspiration communiste dirigé par la famille Kim depuis la création du pays en 1948. La Corée du Nord est l’un des rares États au monde à détenir l’arme nucléaire sans y être autorisé, ce qui lui vaut d’être visée par de multiples sanctions internationales. Elle a développé son arsenal dans le but de mettre fin à la présence militaire des États-Unis en Corée du Sud et de réunifier les deux Corée sous sa direction.

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brief.me|PANORAMA
Corée du Nord
Une puissance nucléaire isolée
Mise à jour le 27 novembre 2022

La Corée du Nord a tiré début novembre plusieurs dizaines de missiles, dont certains sont tombés près des eaux territoriales de la Corée du Sud et du Japon. La Corée du Nord, de son nom complet « République populaire démocratique de Corée », est un régime autoritaire d’inspiration communiste dirigé par la famille Kim depuis la création du pays en 1948. La Corée du Nord est l’un des rares États au monde à détenir l’arme nucléaire sans y être autorisé, ce qui lui vaut d’être visée par de multiples sanctions internationales. Elle a développé son arsenal dans le but de mettre fin à la présence militaire des États-Unis en Corée du Sud et de réunifier les deux Corée sous sa direction.

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POURQUOI ÇA COMPTE ?
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Une puissance militaire et nucléaire

La Corée du Nord fait partie des huit États qui affirment détenir l’arme nucléaire. Les experts estiment qu’un neuvième État – Israël – la possède également. Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), conclu en 1968 et approuvé aujourd’hui par 191 États, autorise seulement cinq d’entre eux – les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni – à détenir l’arme nucléaire. Trois autres – l’Inde, le Pakistan et Israël – n’ont jamais signé le TNP tandis que la Corée du Nord l’a rejoint en 1985 avant de s’en désengager en 2003. « Tous les pays qui ont abandonné leur capacité nucléaire, comme la Libye ou l’Irak, ont été envahis et ruinés. Avec notre puissance nucléaire, nous sommes protégés d’une invasion américaine », a déclaré un diplomate nord-coréen à La Croix en 2017.

Une économie fermée

La Corée du Nord est l’une des économies les plus fermées au monde. Bien qu’il vise une politique nationale d’autosuffisance, le pays importe beaucoup plus qu’il exporte. Il achète surtout des médicaments et des produits alimentaires, tels que de l’huile et des céréales, et vend principalement du matériel électrique. Ses principaux partenaires commerciaux sont la Chine, la Russie, la Birmanie et la Pologne, selon l’Observatoire de la complexité économique (OEC), une plateforme spécialisée dans le commerce international. La Corée du Nord ne produit pas de statistiques officielles. Déjà limités, ses échanges commerciaux ont chuté à partir de 2017, en raison de nouvelles sanctions prises par l’ONU. Ils se sont effondrés à partir de 2020, le pays ayant fermé ses frontières quasiment en continu à cause de la pandémie de Covid-19.

Le pays le moins démocratique au monde

La Corée du Nord a été jusqu’en 2020 le pays le moins démocratique au monde, selon l’indice de démocratie établi par l’Economist Intelligence Unit, un organisme de recherche appartenant au groupe de presse britannique The Economist. En 2021, son score ne s’est pas amélioré, mais ceux de la Birmanie et de l’Afghanistan se sont effondrés, passant ainsi derrière elle dans le classement. La Corée du Nord fonctionne depuis 1957 selon le système de castes « songbun » qui détermine le parcours scolaire, politique et professionnel de chaque citoyen dès sa naissance principalement selon les actes effectués par leurs ancêtres paternels lors de l’occupation japonaise et de la guerre de Corée. En 2021, environ 120 000 personnes considérées comme hostiles au régime étaient détenues dans des camps de concentration appelés « kwanliso », « où elles étaient soumises aux travaux forcés, à la torture et à d’autres mauvais traitements », selon l’ONG de défense des droits humains Amnesty International.

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Personne ne doit oublier que nous avons affaire à un gouvernement qui obtient de son peuple une obéissance terrifiante à l’aide de la torture, d’exécutions, de la violence sexuelle, du travail forcé et de camps de la mort de type goulag.

Phil Robertson
directeur adjoint de la division Asie à Human Rights Watch
janvier 2019
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LES DATES À RETENIR
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1945
Partition de la Corée

En août 1945, les Alliés, qui ont gagné la Seconde Guerre mondiale, reprennent au Japon, l’un des perdants du conflit, la Corée, un territoire qu’il avait annexé en 1910. Les Soviétiques et les Américains décident de diviser cette péninsule en deux : les premiers implantent leur zone d’occupation dans la partie nord tandis que les seconds installent la leur dans le sud. Cette situation aboutit trois ans plus tard à la création de deux États. Kim Il-sung, qui avait dirigé un groupe de résistants contre les troupes japonaises, prend la tête de la Corée du Nord et y instaure un régime dont l’idéologie nationaliste se réclame dans un premier temps du marxisme-léninisme avant de s’en éloigner. En 1950, il lance une attaque contre la Corée du Sud pour prendre le territoire aux Américains et unifier la péninsule. La guerre se conclut par la signature en 1953 d’un armistice, sans traité de paix. Elle a fait entre 2 millions et 3 millions de victimes, selon les estimations.

 
 
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1994
Épisode de famine

En juillet 1994 débute une période de famine. Elle est due à la destruction des récoltes par d’importantes inondations, dont les effets sont aggravés par la déforestation. La chute de l’URSS, qui fournissait de l’énergie et des matières premières au pays, renforce les difficultés. En 1995, la Corée du Nord lance un appel à l’aide internationale. Un programme alimentaire est mis en place, sans parvenir réellement aux Nord-Coréens affamés, selon les ONG présentes. Elles accusent le régime de laisser volontairement mourir une partie de la population. La famine fait entre 600 000 et 1 million de morts entre 1994 et 1998, sur 21 millions d’habitants, selon les démographes américains Daniel Goodkind et Loraine West. La faim n’a jamais disparu : selon les périodes, un tiers à 40 % de la population souffre de sous-alimentation, selon un rapport de 2022 du Fonds des Nations unies pour l’enfance.

 
 
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2006
Premier essai nucléaire

En octobre 2006, Kim Jong-il, fils et successeur de Kim Il-sung, fait procéder au premier essai nucléaire du pays. Quelques jours plus tard, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution imposant une première série de sanctions à la Corée du Nord et lui demandant d’arrêter son programme nucléaire. Le régime dénonce une résolution « injustifiable », estimant subir la « pression » des États-Unis qui lui appliquent des sanctions depuis 1950 et qui l’ont qualifié en 2002 de « membre de l’axe du mal ». Le pays procédera à cinq autres essais nucléaires, en 2009, 2013, 2016 (deux essais) et 2017, ainsi qu’à de multiples tirs de missiles balistiques, auxquels le Conseil de sécurité de l’ONU répondra le plus souvent par de nouvelles sanctions. En 2012, Kim Jong-un, qui dirige le pays depuis la mort de son père en 2011, fait inscrire dans la Constitution que la Corée du Nord est un « État doté de l’arme nucléaire ».

 
 
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2019
Trump entre en Corée du Nord

En juin 2019, Donald Trump rencontre Kim Jong-un en Corée du Nord, devenant le premier président des États-Unis à pénétrer dans ce pays depuis la fin de la guerre de Corée. D’abord marquées par des menaces verbales, leurs relations se sont apaisées à partir de 2018. Donald Trump porte cependant la même demande que ses prédécesseurs : l’arrêt immédiat du programme nucléaire en échange d’une levée ultérieure des sanctions, ce que Kim Jong-un refuse. Pour lui, le processus de dénucléarisation doit « être progressif » et s’accompagner du « retrait des troupes américaines » de Corée du Sud ainsi que de « la signature d’un traité de paix », explique la chercheuse Marianne Péron-Doise en 2020 dans The Conversation. Le régime, qui a procédé depuis à plusieurs tirs de missiles balistiques intercontinentaux, reste une « menace réelle » pour les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon, précise la chercheuse.

 
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QUI SONT LES PRINCIPAUX
PROTAGONISTES ?
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Kim Il-sung
Fondateur du pays

Né en 1912 dans l’agglomération de Pyongyang, l’actuelle capitale de la Corée du Nord, Kim Il-sung grandit en Mandchourie (dans le nord-est de l’actuelle Chine), où sa famille, des indépendantistes anti-japonais, s’est réfugiée en 1920. À 20 ans, il s’engage dans un groupe de lutte contre les Japonais, qui viennent d’envahir le pays, puis rejoint les forces communistes chinoises. Il se rend ensuite en URSS où il prend le commandement d’une unité internationale de l’Armée rouge. Après son retour à Pyongyang en 1945, il fonde en 1948 la Corée du Nord. Il installe un régime autoritaire, marqué par un culte de sa personnalité et des exécutions. En 1998, quatre ans après sa mort, il reçoit le titre de « président éternel de la République ».

Kim Jong-il
Ancien dirigeant du pays

Officiellement né en 1942, Kim Jong-il est le fils aîné de Kim Il-sung. Après avoir occupé plusieurs postes au sein du régime tels que celui de commandant suprême de l’armée, il succède à son père à la mort de celui-ci, en 1994. Cependant, il devient le dirigeant officiel en 1997 seulement, respectant ainsi un deuil d’usage à la mort d’un père de trois ans. Ce passionné de cinéma hollywoodien maintient le système dictatorial initié par son père. Sa politique est axée sur le renforcement de l’armée, la réactivation du programme nucléaire ainsi qu’un rapprochement avec la Corée du Sud, matérialisé par deux rencontres avec les dirigeants sud-coréens. Il meurt en 2011, officiellement d’un « grand épuisement mental et physique ».

Kim Jong-un
Actuel dirigeant du pays

Officiellement né en 1982, Kim Jong-un est le sixième enfant de Kim Jong-il et son troisième fils. Il effectue une partie de ses études en Suisse, où il développe un goût pour le basket-ball et l’informatique. Il devient le « dirigeant suprême » du pays à la mort de son père en 2011. En 2013, il fait exécuter son oncle, un proche de son père. Il poursuit la politique totalitaire initiée par son grand-père et intensifie le programme nucléaire lancé par son père. Il introduit certaines mesures de libéralisation comme la création de zones destinées à accueillir des investissements étrangers. Malgré cette évolution, la Corée du Nord est confrontée à d’importantes difficultés économiques, accrues par les sanctions internationales.

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Les Kim de Corée du Nord représentent l’un des derniers bastions du totalitarisme ainsi que la première dynastie communiste.

Virginie Grzelczyk
maîtresse de conférences à l’Université de Nottingham Trent
décembre 2012
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QU’EST-CE QUE ÇA VEUT DIRE ?
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Juche

Le juche est la doctrine sur laquelle repose le régime. Ce terme a été imaginé par Shin Chae-ho, un historien et militant de l’indépendance coréenne, lors de la colonisation japonaise. Kim Il-sung le reprend en 1955 pour créer sa propre idéologie, qui se fonde sur l’autonomie militaire, l’autosuffisance économique et l’indépendance politique. S’il s’inspire du marxisme-léninisme par exemple sur la gestion par l’État des moyens de production, le juche s’en distingue par son rapport aux individus : il estime que ce n’est pas à un parti, mais à chacun de devenir « le maître de la révolution ». Le développement du juche, inscrit depuis 1972 dans la Constitution, passe par la propagande et l’instauration d’un culte de la personnalité envers les Kim. Depuis 1997, la Corée du Nord a son propre calendrier, qui débute avec l’an juche 1, correspondant à 1912, l’année de naissance de Kim Il-sung.

DMZ

La DMZ, ou zone démilitarisée, est un espace clos de 238 kilomètres de long sur quatre kilomètres de large, situé à la frontière des deux Corée. Strictement interdite au public, la DMZ a été créée en 1953, à l’issue de la guerre de Corée. Malgré son nom, il s’agit de l’une des zones les plus militarisées au monde, truffée de postes militaires, de miradors, de canons, de mines et de barbelés. « Depuis 1953, il ne s’est pas passé une seule année sans incident : échauffourée entre soldats, échanges de coups de feu, creusement de tunnels d’invasion ou passages de clandestins », racontait en 2012 le diplomate français Pascal Dayez-Burgeon. Le seul point de passage officiel est la Joint Security Area, une zone placée sous contrôle de l’ONU, dont le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook a fait le point de départ de « JSA - Joint Security Area », un film sorti en 2000.

Division 39

La Division 39, également appelée Bureau 39, est une organisation gouvernementale secrète chargée d’alimenter en devises étrangères le régime nord-coréen, lui permettant d’acheter des biens à l’étranger. Si plusieurs transfuges nord-coréens ont évoqué son existence, elle a été véritablement établie en 2007, grâce au piratage des données du registre municipal de Pyongyang. D’après de nombreuses enquêtes menées par des chercheurs et des journalistes, la Division 39 a mis en place une économie parallèle fondée sur le capitalisme. Elle s’est spécialisée dans de multiples activités illégales ou concernées par des sanctions telles que l’exportation de textiles faussement estampillés « made in China », le piratage informatique, la vente d’armes, le trafic de drogues et la traite d’ouvriers : le régime envoie chaque année des dizaines de milliers de Nord-Coréens travailler à l’étranger et prélève la majorité de leurs salaires.

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POUR ALLER PLUS LOIN
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Les transfuges nord-coréens

Dans une étude publiée en 2010, Danielle Chubb, docteure en relations internationales à l’Université nationale australienne, présente la situation des transfuges nord-coréens. Elle explique la manière dont ils sont traités en Chine, aux États-Unis et, surtout, en Corée du Sud.

Dans l’espace

La Corée du Nord a développé son programme spatial à partir des années 1980. Dans une étude publiée en 2016, Florence Gaillard-Sborowsky, chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique, estime que la « communauté internationale » a tort d’assimiler les lancements de satellites nord-coréens à « un paravent pour un programme de missile balistique intercontinental ». Le régime a selon elle un « intérêt réel » à être reconnu comme une puissance spatiale [PDF].

C’était notre panorama sur la Corée du Nord.
Rédaction
Céline Boff
Infographie
WeDoData
Design
Upian
Crédits photo
Couverture : Roman Harak (CC BY-SA 2.0, via Flickr). Protagonistes : Kim Il-sung, portrait officiel via Wikimedia Commons ; Kim Jong-il, portrait officiel via Wikimedia Commons ; Kim Jong-un, Alexei Nikolsky / The Presidential Press and Information Office.
Mise à jour le 27 novembre 2022
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